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La saine rivalité entre Aubel et Battice

Match de ma vie

 

Ce Battice – Aubel,  je ne l'oublierai jamais... C'était à l'automne 1983, par un « vrai temps de football », avec un peu de grisaille. Ce n'était pas un match entre équipes fanions, mais simplement de cadets supérieurs, comme on disait alors. Je n'officiais pas, comme tant d'autres fois, comme journaliste, mais plus simplement comme délégué d'Aubel. Et dans ce rôle-là, je pouvais prendre parti, et pas un peu...

Quand le football régional était encore ce qu'il était, avec un enracinement local, une identité, l'amour de son terroir et l'honneur du maillot, tous les matches entre Aubel et Battice prenaient une saveur particulière et inégalable.

 

 Il ne s'agit pas d'ennemis, ni de haine, mais d'une terrible rivalité, depuis que le football existe, résumait Nicolas Weickmans, figure légendaire du RFC Battice, bien trop tôt disparu.  Les Aubelois, on les connaît depuis toujours. Ce sont des « crocteus », comme on dit chez nous, des hâbleurs, des raconteurs d'histoires, et nous, on leur rend toujours la pareille. D'ailleurs, comme tant d'autres, moi le Batticien, j'ai marié une Aubeloise et quand je peux, je descends voir un match d'Aubel pour boire un verre avec mes amis Simon Lonneux, Clément Beckers, Servais Lahaye, et tant d'autres. Mais je leur dis toujours : si je devais donner le coup d'envoi d'Aubel – Battice, je frapperais tellement fort dans le ballon que Battice mènerait déjà 0-1... 

 

Le ton était donné, vous voyez le style...

Et quand Clément Beckers, le supporter n°1 des Aubelois, n'avait pas encore opté pour la limonade, il répliquait à son ami Nicolas :

« Tu sais bien que je veux mourir à... Battice, un jour de derby, pendant une victoire d'Aubel bien sûr. Je serai alors en paix... »

Il n'était pas rare, les veilles de match, que les Aubelois, Magnan Gérardy en tête, aillent faire monter la température chez Xhaufflaire, le local de Battice, jusque tard dans la nuit. Et bien entendu, au match-retour, les Batticiens, avec Henri Straetmans et René Charlier,  descendaient chez Pasteger, le café de mes parents, pour dire qu'ils n'allaient faire qu'une bouchée des Aubelois le lendemain...

Il faut bien vous dire, bonnes gens, qu'en ce temps-là, quand Battice et Aubel jouaient dans la même série, tant chez les grands que chez les petits, le classement n'était pas l'aspect le plus important. Pour réussir sa saison, Aubel devait gagner à Battice, là, c'était capital. Evidemment, de leur côté, les Batticiens avaient une idée fixe : gagner à Aubel. C'était des notions qu'on inculquait aux jeunes des deux clubs dès leur première carte d'affiliation...

Le regretté Pierrot Hac a conservé pendant des années dans son portefeuille une coupure de journal. Devinez donc laquelle... C'était le jour où il avait inscrit trois buts pour Battice dans un derby à Aubel...

Voilà donc quelques images pour bien vous situer cette terrible rivalité qui faisait le sel du football régional.

On ne fermait pas à 17h30 

Autre chose : un jour de Noël en 1962, il devait y avoir 2.500 spectateurs à Battice – Aubel. De nos jours, on dirait : Noël, c'est en famille, pas au football... Vous saisissez, dès lors, ce qui a changé, quand on dit que le foot régional n'est plus ce qu'il était... ?

Ce jour de 1962, j'avais 7 ans, Il faisait froid, il avait neigé le matin du derby et  Battice, point culminant du Plateau, avait un air de carte postale, et ma mère, d'origine... batticienne (ça ne s'invente pas...),  m'avait mis une écharpe, verte et blanche bien entendu. Selon l'expression consacrée, les Aubelois avaient « monté » Battice, comme on dit toujours maintenant, certains même à vélo, ceux du hameau de Messitert ou des confins des Fourons.

De l'autre côté, tout ce qu'il y avait de bonnes âmes à Bouxhmont et à Xheneumont n'étaient pas à l'église pour fêter Noël, mais au bord du terrain pour soutenir les Batticiens. Ce jour-là, Bouche et Nibus étaient trop forts : 3-5 pour Aubel. Mais au match-retour, Julien Vanloo, Léon Schyns et leurs apôtres avaient remis leurs pendules à l'heure et Battice l'avait évidemment emporté.

En ce temps-là, et chez ces gens-là, Monsieur, on ne fermait pas les buvettes à 17h30 comme maintenant. A Aubel, le petit « Kieute » Mager, fidèle serveur de la buvette, finissait en larmes son habituelle tirade : « Feu, fit l'officier... ». A l'intention des Batticiens bien sûr.  Il était déjà très tard et on refaisait le match pour la 100e fois...

Les Batticiens riaient de notre accent épouvantable et nous appelaient les « Flamins d'Abe » (les Flamands d'Aubel). Cela n'a pas changé... Nous, on trouvait que leur encolure ne passait pas toujours les portes... C'était de bonne guerre, c'était folklorique et elle était là, la vraie richesse des deux clubs.

« Le patriotisme, c'est l'amour de son pays. Le nationalisme, c'est la haine des autres », disait le général de Gaulle.

Entre Aubel et Battice, c'était du patriotisme, bien sûr...

Bref, après ce long préambule comme les histoires que j'aime raconter dans les cafés, nous revoilà à ce match de cadets de 1983, entre Battice et Aubel. Pour ce match-là, aucun joueur n'était jamais en retard au rendez-vous, mais plutôt une demi-heure à l'avance. On partait encore du local, c'était la tradition, et ma mère ne faisait jamais payer l'oxo ou le choco chaud aux petits gars qui arrivaient à pied avec les oreilles gelées.

Battice était premier, et nous, on naviguait à vue, plutôt en bas qu'en haut du classement. De toutes les équipes que j'ai eues comme délégué, ce n'était pas la meilleure, loin de là, mais on était sur un bateau qui ressemblait aux « Copains d'abord ». Paulus, Blanco, Roland, Claudy, Eddy Heins, notre bon gros Guy Deusings, Joël Boyens, Jean-Marc Petit..., et pardon pour ceux que j'oublie.  Ce n'était pas des champions du monde, mais des petits gars que j'aimais bien.

Et nous voilà à Battice, bien avant les travaux qui en ont fait un stade superbe, dans le vestiaire des visiteurs, que les Batticiens les plus acharnés appelaient parfois « le vestiaire des Aubelois ». A Wembley, les Anglais disaient : « le vestiaire des Ecossais »... Un peu moins beau, un peu moins large, un peu moins frais que celui des « visités ». Normal...

Pour tout vous dire, j'avais peur et je me demandais à quelle sauce on allait être mangé. Perdre à Verviers, à Theux, à Melen, à Malmedy, c'était rien, mais pas à Battice, non, pas là quand même !!!

Alors voilà que tout à coup, l'émotion m'envahit des pieds à la tête. Tout me revient, des souvenirs de gosse comme la Noël 1962,  le maillot d'Aubel, le nôtre, qui contient surtout trois choses : du sang, de la sueur et des larmes, comme aurait dit Churchill. Parfois aussi une petite odeur de bière, les quelques soirs de victoires...

« Ici, les Aubelois meurent debout »

Dès lors, je coupe la parole à notre entraîneur Patrick Dumoulin et à mon vieux complice René Defauwes, l'autre délégué,  et me voilà parti dans un message aux joueurs dans un silence absolu :

« Vous avez peur, hein, les gars ? Cela ne va pas être facile, hein ? Mais vous voyez le vestiaire où on est. D'autres que vous y sont venus, quand vous n'étiez pas encore nés. Ils avaient la même vareuse que vous, une verte et blanche, celle d'Aubel. Ici, les amis, depuis toujours, les Aubelois ne renoncent jamais. Ici, les Aubelois meurent debout, en combattant. Alors, vous allez me faire le plaisir de vous comporter comme eux. En montant sur le terrain, je veux tous vous voir lever la tête, pas regarder par terre, et vous montrer fiers du maillot que vous portez. Si l'un de vous tombe, il faut directement un équipier pour le relever. Si l'un de vous commet une erreur, il faut l'encourager à repartir, pas l'enguirlander...  Moi, quand j'étais jeune, je ne savais pas bien jouer au football et je n'ai jamais eu le bonheur de gagner à Battice. Mais vous, vous pouvez le faire... Et aujourd'hui, si vous le voulez vraiment, on va s'offrir ce cadeau de rois...»

A la fin, je pleurais à chaudes larmes, et tout le vestiaire pleurait...

L'entraîneur m'a glissé à l'oreille : « Jo,  je ne t'ai jamais vu comme ça, merci... Après tout ce que tu as dit, je n'ai même plus besoin de donner de consignes... »

Comme au Pont d'Arcole

 On jouait sur le terrain B, derrière la buvette. Comme toujours, je me suis mis du côté où il n'y avait presque personne. Puis tout s'est déroulé comme dans un rêve, comme dans les histoires d'amour qui finissent bien. Voilà que je vois mes « petits pâtes » monter un à un sur le terrain, fiers comme Artaban, de la bravoure dans l'âme et le corps. On joue le toss, on commence avec la montée. Je me dis : aie, on est déjà mal... Mais non ! On se retrouve tout à coup au pont d'Arcole, à Magenta, à Palestro...  On est tombé cent fois, on s'est relevé cent fois. On s'est mis à gagner des duels, à donner de bonnes passes, à prendre des balles de la tête, alors que d'habitude, on n'en touchait jamais une seule... On était comme un groupe de francs tireurs partisans dans le maquis. On a ouvert la marque, je ne sais plus qui l'a fait, peu importe, et tous les joueurs m'ont soudain regardé comme un seul homme... Le message était bien passé...

Meilleur, plus grand, plus fort, Battice a égalisé. Je me suis encore dit : aie...

Mais non ! Pas un reproche, mais des encouragements et une ardeur redoublée.

Ce match, on l'a finalement gagné 1-3, je n'en connais plus les détails... Les remplaçants sont montés au jeu avec la même détermination que les « titulaires ». Au dernier coup de sifflet, les joueurs sont tous venus vers moi, un par un, la main sur le maillot d'Aubel. Tous pleuraient, même les moins sensibles...  Ils m'ont dit : « Extra, Jo, on a gagné le derby ! »

Voilà, ce n'était qu'un match de cadets régionaux, un dimanche d'automne. Il n'y avait pas un franc en jeu, pas de parents qui crient des âneries, pas de transferts en vue. Juste l'amour de son club et ensuite, quelques tournées de limonades et de cocas qui furent bien entendu pour ma pomme, mais avec grand plaisir. On était heureux !

C'était il y a bientôt 30 ans. Les joueurs d'alors sont devenus des adultes, ils travaillent, ils ont maintenant des gosses...

Quand ils me croisent, ils me disent encore maintenant : « Tu te rappelles, Jo, quand on avait gagné à Battice... ? »

Pour eux aussi, ce fut le match de leur vie...

J'ai deux grands amis batticiens

Comme journaliste sportif, j'ai relaté de nombreux matches du RFC Battice avec la plus parfaite impartialité. J'ai notamment suivi toute sa campagne en Promotion et je partageais sincèrement sa joie lors de ses victoires. Je fus toujours très agréablement accueilli là-bas dans le cadre de mon travail. Léon Radermecker, le fidèle délégué, et Jean-Marie Denoël, autre Batticien d'origine contrôlée, comptent pour toujours parmi mes meilleurs amis. Quand on a une heure de bon temps devant nous, on en prend deux...  Et quand, par hasard, dans leur café préféré à Battice, je les bats à la belotte, je leur dis toujours : « Un Aubelois ne vient pas ici pour perdre... »

C'est toute la différence entre patriotisme et nationalisme, comme disait le général...

JO PASTEGER

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